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Nations Unies : Les violences sexuelles en tant que « tactique de guerre »

Nations Unies : Les violences sexuelles en tant que « tactique de guerre »

Nations Unies : Les violences sexuelles en tant que « tactique de guerre »
(New York) – Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait agir pour empêcher les violences sexuelles dans les conflits armés et traiter ce problème, notamment en favorisant une plus grande participation des femmes dans les efforts de construction de la paix, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

 Le 13 avril 2015, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a rendu public un rapport sur les violences sexuelles liées aux conflits dans 19 pays durant l’année 2014, décrivant les défis posés par une surveillance insuffisante, des services de soutien limités et un manque de responsabilisation.

 

Dans ce rapport, le Secrétaire-général a exhorté le Conseil de sécurité à intégrer une surveillance accrue des violences sexuelles dans ses contrôles et ses visites de terrain dans les pays affectés par les conflits, et à prendre des mesures préventives afin de pouvoir tenir les auteurs de telles violences responsables de leurs actes, notamment par le biais de sanctions et de renvois à la Cour pénale internationale. Le rapport recommande que les gouvernements soutiennent et protègent les voix indépendantes, notamment les organisations de femmes, les journalistes et les défenseurs des droits humains, et qu’ils améliorent la prestation des services globaux en matière de de santé, d’assistance économique, d’aide juridique et de réintégration.

 

« Dans les conflits du monde entier, les armées et les groupes armés recourent aux violences sexuelles en tant que tactique de guerre dévastatrice », a déclaré Nisha Varia, directrice de plaidoyer auprès de la division Droits des femmes à Human Rights Watch. « Le Conseil de sécurité de l’ONU ne devrait pas se soustraire à ses responsabilités envers les survivantes de tels crimes, et devrait plutôt entreprendre des actions fortes pour les soutenir et sanctionner les auteurs de violences sexuelles. »

 

Le rapport a été publié peu avant les discussions que le Conseil de sécurité que tiendra le 15 avril au sujet des violences sexuelles dans les conflits, et met l’accent sur la lutte contre l’extrémisme violent. Le rapport affirme que les violences sexuelles perpétrées dans le cadre de conflits armés constituent un élément essentiel de l’idéologie et du fonctionnement des groupes extrémistes comme Boko Haram et l’État Islamique (connu également sous le nom d’EI), et il recommande de consacrer une plus grande attention à cette menace. Le rapport souligne l’importance que les gouvernements consultent les femmes afin de lutter contre l’extrémisme violent et veillent à ce que ces efforts « respectent les droits humains fondamentaux ».

 

Human Rights Watch a documenté la façon dont au Nigeria, Boko Haram a enlevé et violé des femmes et des filles, et les a contraintes à se marier, et la façon dont après que ces femmes ont réussi à s’échapper, le gouvernement nigérian leur a fourni une protection et une assistance insuffisantes. Au Kurdistan irakien, Human Rights Watch s’est entretenu avec des femmes et des filles qui avaient été retenues en captivité par l’EI et qui avait pu s’échapper. Celles-ci ont décrit comment le groupe extrémiste recourait systématiquement aux violences sexuelles, notamment le mariage forcé et l’esclavage sexuel, contre les femmes et les filles yézidies.

 

Un accès gravement insuffisant aux services pour les victimes et aux voies de recours est relevé tant pour les pays en situation de conflit que d’après conflit étudiés dans le rapport du Secrétaire-général. Les cadres juridiques nationaux et les normes sociales peuvent exacerber ces problèmes, par exemple, en Afghanistan, où les victimes de violences sexuelles peuvent faire l’objet de poursuites pour « crimes moraux » et courent le risque d’être assassinées dans des soi-disant « crimes d’honneur ».

 

« Les gouvernements ont pris des engagements concrets envers les personnes survivantes de violences sexuelles dans les conflits, mais ils tardent à les tenir », a indiqué Nisha Varia. « Les gouvernements devraient améliorer l’accès à l’ensemble des services de santé reproductive et des services psychosociaux, ainsi qu’à la justice et à des réparations dans les tribunaux. »

 

L’une des difficultés constantes est l’insuffisance de signalement des violences sexuelles dans les conflits, notamment à cause de la stigmatisation, du risque de représailles, du manque d’accès pour les observateurs, des moyens insuffisants pour rendre compte de façon sûre, et de la faiblesse de la réponse gouvernementale, selon Human Rights Watch. Le rapport du Secrétaire général cite 117 incidents de violences sexuelles au Soudan affectant 206 victimes en 2014. Toutefois, les recherches de Human Rights Watch indiquent que les chiffres sont en réalité beaucoup plus élevés et que l’ONU n’enregistre pas ou ne reconnaît pas officiellement de nombreux cas. Parmi ces cas figurent les attaques de l’armée soudanaise à Tabit, au cours desquelles au moins 221 femmes et filles ont été violées, comme le décrit un rapport récent de Human Rights Watch. Le gouvernement soudanais a empêché une enquête crédible ainsi que l’accès des victimes aux services, néanmoins le Conseil de sécurité n’a entrepris aucune action en réponse.

 

D’autre part, le rapport accorde une attention insuffisante à l’exploitation sexuelle et aux abus sexuels commis par des soldats du maintien de la paix, indique Human Rights Watch. Par exemple, le rapport décrit en détail les violences sexuelles généralisées et rend compte des mariages forcés en Somalie, et cite des cas impliquant l’armée nationale, des milices alliées, la police et le groupe armé Al-Chabab. Toutefois, le rapport ne mentionne pas les troupes de l’Union africaine ni ne formule de recommandations à leur sujet, alors que Human Rights Watch a relevé des actes d’exploitation sexuelle et d’abus sexuels commis par ces troupes. La Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit devrait s’occuper de ce cas et de l’exploitation sexuelle par des soldats du maintien de la paix en général.

 

Le rapport apporte une visibilité aux violences sexuelles à l’encontre des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI), notamment en Irak et en Syrie. Les prestataires d’aide humanitaire et les gouvernements devraient adopter des mesures plus fortes pour la protection, notamment dans les situations de déplacement et de réinstallation, selon Human Rights Watch.

 

Les niveaux élevés de violences sexuelles non sanctionnées au Népal et au Sri Lanka durant les longs conflits internes dans ces deux pays démontrent l’impact durable des violences sexuelles liées au conflit, la nécessité d’enquêtes crédibles sur les allégations de ces violences, et le besoin de réparations pour les victimes.

 

Le rapport de l’ONU souligne la nécessité d’une réelle participation des femmes dans tous les efforts de construction de la paix, notamment les processus de résolution de conflit. Quinze ans se sont écoulés depuis que le Conseil de sécurité a reconnu que la question des femmes, de la paix et de la sécurité était essentielle dans son travail, mais dans de nombreux pays les femmes demeurent largement marginalisées, par exemple, dans l’organisation des camps de réfugiés et dans les équipes chargées de négociations.

 

Le rapport couvre plusieurs pays qui sont actuellement en situation de conflit, notamment l’Afghanistan, la Colombie, l’Irak, la Libye, le Mali, le Myanmar, le Nigeria, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, la Syrie et le Yémen. Le rapport examine également les situations d’après-conflit en Bosnie-Herzégovine, en Côte D’Ivoire, au Libéria, au Népal et au Sri Lanka.

 

« Les efforts de prévention, les mesures de protection et la prestation de services ne seront pas couronnés de succès s’ils ne sont pas élaborés en consultation avec les personnes qu’ils sont censés aider », a conclu Nisha Varia. « La participation et le leadership des femmes dans la programmation et la planification sont des éléments essentiels. »